27 mars 2018

Le temps précieux

 
Il est las le temps des sirènes des Klaxons, le bruit ruisselant des bus sous une pluie infinie. 
Infinie grisaille, vivement le printemps… Vivement le renouveau de la vie. 
Vivons mes amis héhé…


Extrait la faim du tigre I 1966 I René Barjavel 

Bien sûr… il n’y a qu’à vivre… C’est ce que nous faisons tous, c’est ce que tu fais d’habitude. Mais il suffit d’un instant… Tu es assis là, sur une pierre chaude, ou le sable de la plage, ou sur le bois poli de la chaise où tu t’assieds jour après jour pour travailler. Tu te reposes ou tu travailles, ou tu manges ou tu bois ton café. Toute la vie coule autour de toi. Et toi avec. Milliards d’hommes, milliards de milliards d’êtres vivants et d’étoiles. Et toi avec. Sans que tu t’en soucies. Depuis vingt ans ou quarante ou soixante, tu fais partie d’un tout. Ce qui se dilate ou se contracte ou qui monte ou descend, qui vient de quelque part et va quelque autre part.
Et toi avec.

Tu y es à ta place, avec ta forme à toi, et ta fonction, que tu ignores. Tu travailles, tu dors, tu respires sans te préoccuper. Tu existes. Comme le grain de sable sur une plage. La marée te roule et te mouille, le soleil te sèche, le vent t’emporte et te laisse tomber. Tu tiens ta place de grain de sable. Milliards de milliards sur la grande plage. Et toi avec. Tu nais, tu vis, tu fais des enfants, tu travailles pour eux, pour les autres, contre les autres, contre les tiens, tu aimes, tu hais, tu te bats, tu es heureux, malheureux, tu manges, tu pleures, heureux au fond malgré tous les malheurs, sans réfléchir, le train t’emporte, tout va, tu vas, tu es assis sur une pierre de vacances ou sur ta chaise de travail… Et tout à coup, suspendu entre le vent, la marée et le soleil, suspendu immobile abandonné tout seul, tout à coup suspendu brutalement lucide, un instant, un éclair, tu n’es plus dans le coup… Tout à coup, tu vois le fonctionnement autour de toi. L’énorme prodigieux tourbillon qui entraîne tout e tout depuis des milliards de temps jusqu’au fond des milliards d’éternités, du fond des milliards d’espaces jusqu’au fond des milliards d’infinis. Milliards de milliards de multiples créatures en mouvement, atomes, cellules, individus, étoiles, galaxies, univers, tout en vient et tout y va.
Et toi avec.
Où ?

Un instant, un éclair suspendu, tu as vu. Le temps de comprendre que tu n’es rien, sans importance, nul, moins que zéro. Milliards de milliards de multitudes emportées. Et toi avec, parmi les multitudes de multitudes dont chaque grain a autant d’importance que toi. Ni plus ni moins. Ni moins la patte de mouche ni plus la Lune. Comme la Lune. Comme la Lune, toi, ta famille, humanité, galaxies, univers : zéro, poussière de poussière, rien, rien, dans le Tout. Le Tout tourbillonnant immobile en voyage depuis où jusques à quand. Toi zéro. Toi, tes coliques, ton envie de sexe et de Légion d’honneur, ton petit ventre à soupe, tes seins d’amour, tes moustaches, ta robe de soie, ta fameuse cervelle, ta belle jambe, toi zéro. Tu as repris ta place dans le vent et la marée. Mais inquiet. Brûlant le sable, dure la chaise. À quoi bon des durillons aux fesses, ces mains calleuses, cette fumée par les oreilles ? À quoi bon cette bataille ? Naître, vivre, mourir ? Vivre ? Vivre ? Pourquoi ? Pourquoi ? Ce n’est pas toi qui répondras ni moi non plus. Mais, sans espoir de réponse, si tu ne cries pas la question, alors tu n’es qu’un os…

Ai-je conscience de ma mission ? Le bruit s’est tu. Je t’écris ces quelques mots, car j’en ai simplement l’envie. Ma mission, aucune ! Je suis là avec toi, on se fend la gueule, de temps en temps, on se prend le chou, de temps en temps et puis on continue la boucle de l’envie, de l’ennui de l’amour...

Auteure © Christiane Désir
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